Demandons à n'importe quel pékin dans la rue avec quoi il se rase. Répétons le 1000 fois s'il le faut.
En zone urbaine, on a quasiment aucune chance de tomber sur un utilisateur de coupe-chou ou de DE.
Notre inconscient est tellement formaté par ce que nous inculquent la publicité et les films hollywoodiens que lorsque nous sommes, adolescents, confrontés au choix du mode de rasage, on ne se demande pas: "coupe-chou, DE, multilames, électrique ?" mais: "Gilette ou Wilkinson ? Je demanderai un électrique à Noël, ça fait plus technologique!".
On finit par choisir la même marque que Papa, comme ça on lui pique ses lames, c'est économique.
Puis on passe son bac (pour certains) et l'émancipation arrive. A la sortie de la dernière épreuve de bac, on s'est vus remettre un sachet avec tout un tas d'échantillons publicitaires. On se serait cru à la caravane du Tour de France... j'étais plus côté voiture balais que maillot jaune d'ailleurs ! Dans le sac, Mr Gilette avait fait fort: son dernier rasoir, le Mach3, avec deux lames neuves offertes. J'étais trop content, frais formaté par l'éducation Nationale et la télévision que j'étais.
"C'est le dernier sorti, ça doit être le mieux !"
"Mon père, il est trop naâaze, il se rase encore au Sensor Excell !"
Et puis, un jour de plus que je me vautrais dans notre belle société de consommation (achetez le "jeu des logos et des marques", vous serez peut-être, comme moi, affligés par les connaissances inutiles qu'on a des marques! Le tout véhiculé par... la publicité), un jour donc, j'apprends le décès de mon grand-père. Le patriarche s'est éteint.
Nous n'étions pas particulièrement proches, mais ça fait quand même quelque chose, il m'avait toujours impressionné, ce grand gaillard aux yeux pétillants enfouis derrière des kilomètres de sourcils embuissonnés. Je ne vous ferai pas le coup du résistant maquisard sans peur et sans reproche, mon grand-père, à l'arrivée de l'Ennemi, a chargé ma grand-mère et quelques provisions dans la brouette et a fui "là où ça chauffait moins".
Bref, j'ai hérité d'une petite voiture (avec des trous de boulettes sur la banquette arrière, grand mystère !!) et d'un CC.
Quand je l'ai pris en mains, mon inconscient m'a directement repassé les multiples scènes d'égorgement sanguinolents que j'avais pu voir sur la toile ou dans la "boîte à caca" (la télé). Mais une sorte de fascination m'a gagné, un déclic étrange: "Bon sang, pendant des années les gens se sont rasés avec ça, je me demande bien ce que ça donnerait".
Par contre, pas moyen de savoir comment s'en servir. Dans mon entourage, que des Homo consumerus incapables de m'aider.
Puis, après une recherche sur le net, je découvrais le 3C. Et la passion naissait.
Ce site est comme ce petit village gaulois, résistant encore et toujours à l'envahisseur. Nous y perpétuons un devoir de mémoire, la mémoire du geste d'antan, réminiscence d'une période de révolution industrielle et de charbon, du chant de l'acier sur le cuir, avec un arrière-goût de prohibition et de grands espaces.
Le nom du site était bien choisi: un "club" à la britannique dans une ambiance coloniale où des gentlemen de tous horizons viennent partager leurs découvertes, leurs efforts, leurs progrès, avec sérieux et bonne humeur.
Certes, c'est parfois bordélique, mal fichu, mais tout est là. Une somme de connaissances pléthorique à portée de clic. Et quand ce n'est pas clair, il y a toujours quelqu'un pour aider.
Merci le Coupe-Chou Club !